Les églises consacrées au Cœur Immaculé de Marie à Paris

L’église dite « église espagnole », dans le XVIe arrondissement de Paris, et l’église de Suresnes dans les Hauts-de-Seine n’ont pas été consacrées au Cœur Immaculé de Marie à la même date ni pour les mêmes raisons. L’église espagnole est d’abord liée aux missionnaires clarétains ou « missionnaires du Cœur immaculé de Marie », qui l’administrent encore de nos jours. L’église de Suresnes a été, elle, édifiée et consacrée au Cœur immaculé de Marie en 1907.

La dévotion au Sacré Cœur de Marie remonte vraisemblablement à 1770 quand la fille de Louis XV, Louise de France, entra au Carmel de Saint Denis. Cette dévotion prit un caractère officiel avec la création de l’archiconfrérie de Sacré Cœur de Marie, approuvée en 1838, devenue « Confrérie du Cœur immaculé de Marie » après la proclamation du dogme de l’immaculée Conception en 1854.

La venue à Paris en 1853 du Pape Pie IX, pour le couronnement de la statue de la Vierge à l’Enfant de l’église Notre Dame des Victoires1, lieu de pèlerinage depuis 1836, avait déjà provoqué un regain de dévotion mariale dans la capitale. Le décret de 1807 du Vatican avait confirmé le décret impérial de Napoléon 1er de 1806 instituant la fête du 15 août comme étant celle de la protectrice des Français… et du chef de l’État. Napoléon III rappela en 1852 son caractère national.

L’église dite « espagnole »

Les Carmes déchaussés du couvent de Vaugirard possédaient une chapelle au 22, rue de la Pompe2 et y érigèrent en 1898 en une chapelle de style néo-gothique au 51bis, rue de la Pompe, mais ils en furent chassés en 19013. Transformés brièvement en dispensaire pour enfants tuberculeux de 1907 à 1911, le bâtiment alentour et la chapelle furent transmis à la Communauté espagnole par décision du Roi Alphonse XIII en 1913 afin de pourvoir aux besoins spirituels et cultuels des réfugiés espagnols de Paris, et confiés aux Missionnaires clarétains. La première messe y a fut célébrée le 15 octobre 1914 en la fête de sainte Thérèse d’Avila La paroisse de Passy prit ombrage du succès des missionnaires clarétains qui aurait diminué le casuel de son curé et obtint en 1916 de l’Archevêque de Paris la limitation de ses droits par une ordonnance aux allures d’un Motu proprio4. L’État espagnol en est propriétaire depuis 1921 et a installé dans l’ancien dispensaire une école espagnole en 1980. En accord avec le diocèse de Paris, des messes en français y sont célébrées, et l’œuvre des clarétains (éducation, service d’accueil et d’aide des nouveaux arrivants hispanophones à Paris) s’y poursuit au service des Espagnols et Hispano-américains de Paris.

C’est à l’occasion du trentenaire de la Mission espagnole que le peintre Lucien Jonas réalisa les fresques de la chapelle, seize scènes sur huit panneaux sur la longueur de la nef et dans le chœur décrivant toute l’histoire de la Vierge Marie. Né en 1880, second Prix de Rome en 1905,Lucien Jonas fut agréé « peintre militaire » en 1915, peintre officiel de la Marine en 1916 et peintre de l’Air en 1932, et, accessoirement, dessina des billets pour la Banque de France en 1933.Il décora pas moins de dix églises et peignit vingt-huit chemins de Croix.

La nef compte deux niveaux d’élévation séparés par des fresques latérales réalisées par le peintre Lucien Jonas en 1944 et reprenant les thèmes de la vie de la Vierge. Les vitraux historiés sont pour la plupart dédiés aux saints et saintes d’Espagne.

L’église de Suresnes

L’ornementation intérieure se compose de vingt verrières historiées montrant des scènes de la vie de la Vierge Marie et des scènes de la vie paroissiale à Suresnes, oeuvres du cartonnier Henri Brémond et du peintre verrier Henri Carot réalisées en 1908 et 1909. Les scènes de la vie à Suresnes mettent en valeur deux saints locaux, Saint Leufroy (IXème siècle) et Sainte Marguerite Nezot , qui se dévoua aux malades et aux miséreux et mourut de la peste en 1633.

La prière du Père Antoine-Marie Claret devant le Saint Sacrement

Nous en donnons ici un résumé. C’est un modèle de direction spirituelle. Antoine-Marie invite à se tenir devant le Saint Sacrement pendant un quart d’heure et se mettre à l’écoute des exhortations de Jésus :

Pour Me plaire, il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’instruction ; il suffit que tu M’aimes beaucoup. Parle-Moi avec simplicité, comme tu parlerais avec ton ami le plus intime. 
As-tu quelque chose à Me demander pour quelqu’un ?
Et pour toi-même, n’as-tu pas besoin de quelque chose ?
As-tu actuellement un projet ?
Peut-être te sens-tu triste ou de mauvaise humeur ?
Et n’as-tu pas peut-être une joie à Me faire partager ?
Ne voudrais-tu pas Me promettre quelque chose ?
Garde autant que tu le peux silence, modestie, recueillement intérieur et amour du prochain
Aime ma Mère qui est aussi la tienne !
Et reviens de nouveau avec le cœur encore plus rempli d’amour, encore plus abandonné à mon Esprit. Alors tu trouveras chaque jour dans mon Cœur un nouvel amour, de nouveaux bienfaits et de nouvelles consolations.

Bibliographie

Bulletin de la Société historique d’Auteuil et de Passy, tome XXI N° 162 « La décoration de l’église espagnole de la rue de la Pompe »par François Dutemple, et N° 163 « l’Église espagnole de la rue de la Pompe » par Hubert Demory. Site : https://histoire-auteuil-passy.org

« Un patrimoine de lumière, 1800-2000 » Éditions du Patrimoine 2003, 381 p.

Article publié dans la revue Una Voce n°337 de Mai – Juin 2022

Notes
  1. Fondée en 1629 par Louis XIII en reconnaissance de toutes les victoires remportées tant sur les « rebelles hérétiques » que sur les ennemis du Royaume. Il en posa la première pierre le 8 décembre 1629, en la fête de la « Sacrée Conception ». 
  2. La rue porte ce nom à cause de la présence au XVIIIe siècle d’une pompe alimentant en eau le Château de la Muette. 
  3. Ils sont aujourd’hui installés dans le VIe arrondissement, à proximité de l’ancien couvent de Vaugirard. Leur éviction de la rue de la Pompe fut facilitée par le fait que la construction n’aurait pas été déclarée dans les règles. 
  4. « Aucune prédication en langue française, à moins d’une permission spéciale de Mgr l’Archevêque, baptêmes réservés aux seules familles ouvrières de langue espagnole, Extrême-Onction, Saint Viatique et mariage sous réserve d’obtenir la permission du curé(plus l’autorisation du diocèse pour le mariage). Seule la Communion et les confessions ne faisaient pas l’objet de restrictions(Ordonnance du 24 octobre 1916, Archives de l’Archevêché de Paris)