Jean Midolle : le lithographe romantique


C’est ainsi que le qualifie le conservateur adjoint de l’École des Chartes Rémi Mathis qualifie l’auteur calligraphe (1797-1866) de l’Album du Moyen Age édité à Strasbourg en 1834-1835 et récemment acquis par la Bibliothèque de l’École des Chartes.

Calligraphe, dessinateur, enlumineur : un talent multiple

Clément Jean Joseph Midolle est né à Besançon en 1797. Engagé dans les hussards, il participa à l’expédition de Junot au Portugal. Il demeura maréchal des logis chef au premier régiment de hussards après Waterloo, en garnison à Belfort. Après avoir quitté l’armée, marié et père de famille, il devint instituteur et maître d’écriture à Belfort. Passionné depuis toujours par les écritures anciennes, les manuscrits et l’enluminure, il poursuivit son activité de maître d’écriture à Mulhouse puis à Strasbourg, où il commença à vendre sa propre production de calligraphe-enlumineur. Sa carrière prit un tournant lorsqu’ il rencontra le lithographe Frédéric Émile Simon, avec qui il collabora à la publication de planche destinées à être vendues par livraisons, puis assemblées en un album. Parmi les innovations de l’imprimerie au XIXe siècle, le développement de la lithographie a permis la reproduction en nombre des images, d’abord en noir et blanc puis en couleur.

L’Album du Moyen Age : chef d’œuvre de calligraphie lithographiée

De trois séries publiées en 1834 et 1835, l’éditeur Simon formera l’Album du Moyen Âge en 1836. Composé de 120 planches, cet album comprend l’auto portrait de Jean Midolle, une « Galerie » d’écritures anciennes et modernes, un florilège des « écritures anciennes d’après les manuscrits et les meilleurs ouvrages » et une présentation des « spécimens des écritures modernes ».
Sa publication suscita l’enthousiasme : « belle exécution des planches, pureté des épreuves, font rivaliser la lithographie avec la gravure ». Pour les exemplaires imprimés en deux, trois ou quatre couleurs, on loua aussi « l’entente des nuances et le brillant du coloris. » dans le premier numéro de la revue Le lithographe (1838).

Les créations de Jean Midolle répondaient à l’intérêt de l’époque pour l’histoire, en particulier celle du Moyen Âge- Victor Hugo a publié Notre Dame de Paris en 1831- : à l’occasion de la Révolution, de nombreux documents anciens sont sortis des bibliothèques privées, religieuses ou nobiliaires. Jean Midolle proposa ainsi des fac similés de documents anciens, de textes liturgiques qu’il transcrivit en y apportant sa propre marque, en les embellissant et laissant parfois libre cours à sa créativité : lettres diaboliques, lettres inspirées des bestiaires et de la botanique, voire de l’architecture gothique .Il mit aussi au point son propre caractère, la midolline.

Après la parution de cet ouvrage, Jean Midolle a poursuivi son activité pédagogique itinérante et son activité de dessinateur dans diverses villes de France, en Suisse et en Belgique, où il a produit un autre ouvrage de planches chromolithographiées chez un imprimeur de Gand en 1846.
Un catalogue de son œuvre est en préparation.